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Ailleurs et Autrement
mardi 27 mai 2008, a 10:04
Ce jour-là à Varanasi (Bénarès) : la déesse Saraswati en offrande au Gange.
 

    Un cyclo-pousse entouré d'une dizaine de collégiens déboule en musique dans la rue qui mène au gath principal de Bénarès, muni d'un haut-parleur crachant des chants religieux. De temps en temps, les jeunes gens font une pause, lèvent les bras en direction du ciel et scandent en chœur : «God is law, Dieu est la loi.» Au niveau de la légendaire file de mendiants assis des deux côtés de la rampe qui conduit au gath, la petite troupe s'arrête pour régler la course et continue ensuite le chemin portant une célèbre passagère sur les épaules. 

    Suit un groupe d'étudiants, accompagné d'un professeur. Il déambule la même rue avec autant d'allégresse et autant d'enthousiasme, portant également une statue d'environ un mètre cinquante, faite de glaise et de fines tiges de bambou. Ils débitent les mêmes prières de dévotion à Dieu.

     Sur la rive sacrée du Gange, ils installent leurs statues sur des barques et s'éloignent au milieu du fleuve. Les gesticulations recommencent. Ils poussent des cris de joie, se prennent en photos et finalement jettent la déesse Saraswati par dessus bord en jubilant de satisfaction.  

     La tradition hindouiste veut que la déesse de la culture, de la musique et de la sagesse soit fêtée tous les ans pendant deux jours. La seconde journée a lieu la Puja, prière, au Gange. Les bateliers sont alors très sollicités et à la surface du fleuve flottent ce jour-là des dizaines de statues colorées au milieu d'une profusion de guirlandes de fleurs.

samedi 17 mai 2008, a 23:02
Une nuit bien agitée à Kolkata ( Calcutta )
 

   Il tombait de si grosses gouttes que le ciel semblait se décoller. Tandis que des coups de klaxon ponctuaient régulièrement la nuit, le moteur d'une voiture s'était noyé et son conducteur insistait pour le remettre en route. D'une petite rue jouxtant l'hôtel montaient des vociférations, des mélopées, des disputes, des conversations à distance entrecoupées de rejets sonores de crachats, de sortes de brefs petits coups de trompettes traduisant la manière qu'ont les Indiens de se  moucher dans le vide. Les croassements d'une colonie de charognards rivalisaient avec les aboiements et les cris de douleur d'une multitude de chiens s'étripant dans d'âpres combats. Ces chiens sont souvent considérés comme des symboles de réincarnations d'humains bannis. Pour parfaire le tableau, les rideaux de fer des rez-de-chaussée des immeubles voisins déchiraient sans vergogne les rares moments de silence toutes les fois que les commerçants entraient ou sortaient de chez eux. À 5h 30 du matin, le muezzin entra dans la danse pour appeler à la prière. 

      Le vacarme fut si assourdissant et si perturbant qu'il plongea Roberto Sanchez dans une profonde angoisse. Allongé sur son sommier de planches recouvert d'un matelas de capoc, il commença à appréhender de devoir arpenter les rues surpeuplées, crasseuses et polluées de Kolkata. Il redouta ses trottoirs défoncés, envahis par des mendigots et des petits vendeurs agressifs. Il souhaita éviter les moments où il faudra éconduire des rabatteurs tenaces parce que nécessiteux, des chauffeurs de taxi et de pousses qui l'accosteraient sauvagement toutes les cinq minutes, des enfants-cireurs-de-chaussures qui lui donneraient mauvaise conscience. Il ne se sentit pas le courage d'affronter les suppliques d'une armada de jeunes femmes portant des nourrissons dénutris. Il crut être revenu au moyen-âge.

       Comme nombre de voyageurs en Inde, il se demanda ce qu'il faisait dans cet enfer et il aspira à en partir rapidement d'autant plus que la grippe aviaire faisait depuis quelques jours la une du Times of India. L'épidémie était aux portes de Calcutta et le gouvernement local venait d'interdire l'entrée des poulets et des œufs dans la ville. L'inquiétude grandissait chez notre ami. C'était l'impasse.        

        Pourtant, au fil des jours, Kolkata et ses habitants se révélèrent très attachants et ce fut pour Roberto  une expérience  à la fois poignante et exaltante.

     

mercredi 07 mai 2008, a 09:13
Ce jour-là à Bodhgaya (Inde) : le 3e festival annuel de chants boudhiques.
 

    Plus d'un millier de moines asiatiques sont réunis sous un chapiteau. Drapés dans leurs épaisses robes jaunes, ocres, safran ou bordeaux, crânes rasés ou cheveux très courts, ils attendent la distribution du repas. C'est le 3e festival annuel de chants boudhiques à Bodhgaya, le plus important lieu de pèlerinage boudhiste au monde. 

     Non sans nonchalance, ils envahissent ensuite par petits groupes la rue qui conduit au magnifique temple de la Mahabodhi pour la cérémonie du Puja. Ils prennent place à même le sol, en rangs serrés, sous l'Arbre Sacré où lord Boudha aurait reçu l'illumination, ouvrent leur manuel de prières rédigé en pali, la langue du boudhisme, et s'oublient dans un chanting qui durera tout l'après-midi. Le gong rythme les chants. Les haut-parleurs les amplifient et plongent moines et pèlerins dans un profond recueillement. 

   Pieds nus, mains jointes, bracelets porte-bonheur aux poignets, les visiteurs égrènent de longs chapelets en arpentant la promenade qui entoure le temple principal. Les plus fervents se mettent régulièrement à plat ventre, les bras en avant. Ils viennent de tous les pays d'Asie, revêtent des costumes très différents, du sarong blanc au saree de couleurs, du lungi au dhoti et à la tunique, du turban au bonnet. Les Tibétains sont reconnaissables à leur moulin à prières. Ceux qui sont assis sous les immenses branches de l'Arbre Sacré guettent les rares feuilles qui s'en détachent. De temps en temps arrivent des délégations de pays voisins conduites par des moines. Elles portent avec dévotion une bande de tissu jaune de la couleur de la robe de Boudha. Certains pèlerins vaporisent l'air de parfum, d'autres brûlent de l'encens. Les murs du temple sont ornés de guirlandes de fleurs. Tous les recoins du parc sont envahis de visiteurs actifs qui prient en chœur ou qui se prosternent ostensiblement. Les arbres sont décorés de petits drapeaux de toutes les couleurs. 

   À la tombée de la nuit, les moines font la pause. Des milliers de petites ampoules multicolores illuminent les arbustes, les stuppas, les murs d'enceinte du parc et les pèlerins font brûler des centaines de petites bougies dans la pénombre d'une salle de verre. Ce festival, organisé par la Fédération Internationale du Boudhisme, s'est tenu du 12 au 23 février 2008. 

Présentation
Mario BLAISE

Biographie
Je suis né en 1943 à Port-au-Prince, Haïti et je vis en France depuis l'âge de vingt et un ans.
Après des études supérieures de gestion à Paris, j'ai travaillé en qualité de Cadre comptable puis j'ai dirigé une PME pendant les quinze dernières années de ma vie professionnelle.
Passionné par l’Économie du Développement, je sillonne avec gourmandise toutes les routes du monde depuis plus de trente ans, pour voir, comprendre et m’informer.
De formation gréco-latine, j'ai toujours eu un certain goût pour la lecture et l'écriture.

Bibliographie
- Le Flamboyant : Editions L'Harmattan Paris 2002.
ISBN : 2-7475-2725-5. 208 pages
- Les Tribulations d'un Haïtien de la diaspora :
Editions Dauphin Noir Paris 2005.
ISBN : 2-915607-03-06. 157 pages. Non disponible
- Désir d'Ailleurs-Chroniques de Voyage : Editions Le Manuscrit Paris 2007
ISBN : 978-2-304-00026-9. 257 pages
- Les Tribulations d'un Haïtien de la diaspora (Version revue et actualisée) Roman historique.
Editions Le Manuscrit Paris 2008
ISBN : 978-2-304-00672-8. 227 pages

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