Un cyclo-pousse entouré d'une dizaine de collégiens déboule en musique dans la rue qui mène au gath principal de Bénarès, muni d'un haut-parleur crachant des chants religieux. De temps en temps, les jeunes gens font une pause, lèvent les bras en direction du ciel et scandent en chœur : «God is law, Dieu est la loi.» Au niveau de la légendaire file de mendiants assis des deux côtés de la rampe qui conduit au gath, la petite troupe s'arrête pour régler la course et continue ensuite le chemin portant une célèbre passagère sur les épaules.
Suit un groupe d'étudiants, accompagné d'un professeur. Il déambule la même rue avec autant d'allégresse et autant d'enthousiasme, portant également une statue d'environ un mètre cinquante, faite de glaise et de fines tiges de bambou. Ils débitent les mêmes prières de dévotion à Dieu.
Sur la rive sacrée du Gange, ils installent leurs statues sur des barques et s'éloignent au milieu du fleuve. Les gesticulations recommencent. Ils poussent des cris de joie, se prennent en photos et finalement jettent la déesse Saraswati par dessus bord en jubilant de satisfaction.
La tradition hindouiste veut que la déesse de la culture, de la musique et de la sagesse soit fêtée tous les ans pendant deux jours. La seconde journée a lieu la Puja, prière, au Gange. Les bateliers sont alors très sollicités et à la surface du fleuve flottent ce jour-là des dizaines de statues colorées au milieu d'une profusion de guirlandes de fleurs. |