Il avait juré de fouler aux pieds les règles les plus élémentaires de politesse et de jouer des coudes, comme tous les Indiens, pour grimper dans son bus. Pourtant, c'est le troisième qui lui passe sous le nez.
Certains habitués ont des techniques très éprouvées qui coiffent les plus dégourdis au poteau : ils vont à la rencontre du véhicule avant que celui-ci n'arrive au terminus ; ils se propulsent à l'intérieur dès qu'il amorce un ralentissement ou réservent leur place du dehors en lançant un objet par la fenêtre.
Roberto parvient enfin à s'emparer d'un siège et un tout dernier, juste à côté de lui est à la portée d'un jeune couple indien. L'homme saisit le bébé des bras de sa mère et occupe aussitôt la place, laissant sa femme debout pendant toute la durée du parcours. Il a sans doute usé de ses prérogatives de mâle dans la société indienne ? À moins qu'il ne voulût pas que sa femme s'assît à côté d'un autre homme que lui ?
Dans l'après-midi, un jeune touriste occidental, sans doute mal informé, se fait conspuer et chasser à coups de pieds d'un compartiment de train réservé aux ladies. Il s'y était introduit car tous les autres wagons étaient inaccessibles.
Est-ce parce que la femme indienne est déconsidérée et brimée qu'elle défend aussi âprement un de ses derniers pré-carrés ? Une présence masculine dans un sanctuaire de femmes a sans doute été considérée comme une profanation ? |