| jeudi 12 juin 2008, a 10:29 |
| Ce jour-là : dans les transports en commun indiens. |
Il avait juré de fouler aux pieds les règles les plus élémentaires de politesse et de jouer des coudes, comme tous les Indiens, pour grimper dans son bus. Pourtant, c'est le troisième qui lui passe sous le nez.
Certains habitués ont des techniques très éprouvées qui coiffent les plus dégourdis au poteau : ils vont à la rencontre du véhicule avant que celui-ci n'arrive au terminus ; ils se propulsent à l'intérieur dès qu'il amorce un ralentissement ou réservent leur place du dehors en lançant un objet par la fenêtre.
Roberto parvient enfin à s'emparer d'un siège et un tout dernier, juste à côté de lui est à la portée d'un jeune couple indien. L'homme saisit le bébé des bras de sa mère et occupe aussitôt la place, laissant sa femme debout pendant toute la durée du parcours. Il a sans doute usé de ses prérogatives de mâle dans la société indienne ? À moins qu'il ne voulût pas que sa femme s'assît à côté d'un autre homme que lui ?
Dans l'après-midi, un jeune touriste occidental, sans doute mal informé, se fait conspuer et chasser à coups de pieds d'un compartiment de train réservé aux ladies. Il s'y était introduit car tous les autres wagons étaient inaccessibles.
Est-ce parce que la femme indienne est déconsidérée et brimée qu'elle défend aussi âprement un de ses derniers pré-carrés ? Une présence masculine dans un sanctuaire de femmes a sans doute été considérée comme une profanation ? |
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| jeudi 05 juin 2008, a 14:50 |
| Ce jour-là à Kalimpong, district de Darjeeling. |
Namaste !
L'Inde, la plus grande démocratie au monde, a des problèmes avec ses communautés et ses séparatistes. Le grand bazar que constitue le centre-ville de Kalimpong est infernal ce mercredi 9 avril 2008. Des dizaines de jeeps regorgeant de passagers et de colis marquent le pas alors qu'un aussi grand nombre, de guerre lasse, est garé aux bords de sordides venelles, moteurs éteints. Le principal carrefour de la ville est pris d'assaut par d'importantes brigades de police militaire comme à chaque fois que les mouvements séparatistes font une démonstration de force. Les Gorthas, ethnie originaire du Népal et majoritaire dans la région, réclament avec véhémence la création d'un nouvel état indépendant du Bengale Occidental, avec Darjeeling, Kalimpong, Siliguri, Kurseon…Des milliers d'hommes et de femmes défilent en rangs dans les rues de Kalimpong à partir du siège du puissant Gurtha National Liberation Front (GNLF) aux cris de :
We want Gorthaland
Leur passage entraîne la fermeture des commerces et la paralysie totale du trafic interurbain. La foule, impressionnante, vocifère ses revendications tout en progressant librement alors que les rassemblements, de plus en plus fréquents, perturbent la vie locale. Un avis de grève générale fera d'ailleurs de Kalimpong une ville morte pendant les vingt-quatre heures à venir. De nombreux seatings sont prévus dans tous les quartiers. Ce qui fait la joie des écoliers qui, à chaque fois, transforment les rues en terrains de foot et de cricket.
Le gouvernement central indien fait la sourde oreille. Il a accordé dès 1988 une relative autonomie à la région de Darjeeling mais elle semble insuffisante. |
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| mardi 27 mai 2008, a 10:04 |
| Ce jour-là à Varanasi (Bénarès) : la déesse Saraswati en offrande au Gange. |
Un cyclo-pousse entouré d'une dizaine de collégiens déboule en musique dans la rue qui mène au gath principal de Bénarès, muni d'un haut-parleur crachant des chants religieux. De temps en temps, les jeunes gens font une pause, lèvent les bras en direction du ciel et scandent en chœur : «God is law, Dieu est la loi.» Au niveau de la légendaire file de mendiants assis des deux côtés de la rampe qui conduit au gath, la petite troupe s'arrête pour régler la course et continue ensuite le chemin portant une célèbre passagère sur les épaules.
Suit un groupe d'étudiants, accompagné d'un professeur. Il déambule la même rue avec autant d'allégresse et autant d'enthousiasme, portant également une statue d'environ un mètre cinquante, faite de glaise et de fines tiges de bambou. Ils débitent les mêmes prières de dévotion à Dieu.
Sur la rive sacrée du Gange, ils installent leurs statues sur des barques et s'éloignent au milieu du fleuve. Les gesticulations recommencent. Ils poussent des cris de joie, se prennent en photos et finalement jettent la déesse Saraswati par dessus bord en jubilant de satisfaction.
La tradition hindouiste veut que la déesse de la culture, de la musique et de la sagesse soit fêtée tous les ans pendant deux jours. La seconde journée a lieu la Puja, prière, au Gange. Les bateliers sont alors très sollicités et à la surface du fleuve flottent ce jour-là des dizaines de statues colorées au milieu d'une profusion de guirlandes de fleurs. |
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| samedi 17 mai 2008, a 23:02 |
| Une nuit bien agitée à Kolkata ( Calcutta ) |
 Il tombait de si grosses gouttes que le ciel semblait se décoller. Tandis que des coups de klaxon ponctuaient régulièrement la nuit, le moteur d'une voiture s'était noyé et son conducteur insistait pour le remettre en route. D'une petite rue jouxtant l'hôtel montaient des vociférations, des mélopées, des disputes, des conversations à distance entrecoupées de rejets sonores de crachats, de sortes de brefs petits coups de trompettes traduisant la manière qu'ont les Indiens de se moucher dans le vide. Les croassements d'une colonie de charognards rivalisaient avec les aboiements et les cris de douleur d'une multitude de chiens s'étripant dans d'âpres combats. Ces chiens sont souvent considérés comme des symboles de réincarnations d'humains bannis. Pour parfaire le tableau, les rideaux de fer des rez-de-chaussée des immeubles voisins déchiraient sans vergogne les rares moments de silence toutes les fois que les commerçants entraient ou sortaient de chez eux. À 5h 30 du matin, le muezzin entra dans la danse pour appeler à la prière.
Le vacarme fut si assourdissant et si perturbant qu'il plongea Roberto Sanchez dans une profonde angoisse. Allongé sur son sommier de planches recouvert d'un matelas de capoc, il commença à appréhender de devoir arpenter les rues surpeuplées, crasseuses et polluées de Kolkata. Il redouta ses trottoirs défoncés, envahis par des mendigots et des petits vendeurs agressifs. Il souhaita éviter les moments où il faudra éconduire des rabatteurs tenaces parce que nécessiteux, des chauffeurs de taxi et de pousses qui l'accosteraient sauvagement toutes les cinq minutes, des enfants-cireurs-de-chaussures qui lui donneraient mauvaise conscience. Il ne se sentit pas le courage d'affronter les suppliques d'une armada de jeunes femmes portant des nourrissons dénutris. Il crut être revenu au moyen-âge.
Comme nombre de voyageurs en Inde, il se demanda ce qu'il faisait dans cet enfer et il aspira à en partir rapidement d'autant plus que la grippe aviaire faisait depuis quelques jours la une du Times of India. L'épidémie était aux portes de Calcutta et le gouvernement local venait d'interdire l'entrée des poulets et des œufs dans la ville. L'inquiétude grandissait chez notre ami. C'était l'impasse.
Pourtant, au fil des jours, Kolkata et ses habitants se révélèrent très attachants et ce fut pour Roberto une expérience à la fois poignante et exaltante.
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| mercredi 07 mai 2008, a 09:13 |
| Ce jour-là à Bodhgaya (Inde) : le 3e festival annuel de chants boudhiques. |
Plus d'un millier de moines asiatiques sont réunis sous un chapiteau. Drapés dans leurs épaisses robes jaunes, ocres, safran ou bordeaux, crânes rasés ou cheveux très courts, ils attendent la distribution du repas. C'est le 3e festival annuel de chants boudhiques à Bodhgaya, le plus important lieu de pèlerinage boudhiste au monde.
Non sans nonchalance, ils envahissent ensuite par petits groupes la rue qui conduit au magnifique temple de la Mahabodhi pour la cérémonie du Puja. Ils prennent place à même le sol, en rangs serrés, sous l'Arbre Sacré où lord Boudha aurait reçu l'illumination, ouvrent leur manuel de prières rédigé en pali, la langue du boudhisme, et s'oublient dans un chanting qui durera tout l'après-midi. Le gong rythme les chants. Les haut-parleurs les amplifient et plongent moines et pèlerins dans un profond recueillement.
Pieds nus, mains jointes, bracelets porte-bonheur aux poignets, les visiteurs égrènent de longs chapelets en arpentant la promenade qui entoure le temple principal. Les plus fervents se mettent régulièrement à plat ventre, les bras en avant. Ils viennent de tous les pays d'Asie, revêtent des costumes très différents, du sarong blanc au saree de couleurs, du lungi au dhoti et à la tunique, du turban au bonnet. Les Tibétains sont reconnaissables à leur moulin à prières. Ceux qui sont assis sous les immenses branches de l'Arbre Sacré guettent les rares feuilles qui s'en détachent. De temps en temps arrivent des délégations de pays voisins conduites par des moines. Elles portent avec dévotion une bande de tissu jaune de la couleur de la robe de Boudha. Certains pèlerins vaporisent l'air de parfum, d'autres brûlent de l'encens. Les murs du temple sont ornés de guirlandes de fleurs. Tous les recoins du parc sont envahis de visiteurs actifs qui prient en chœur ou qui se prosternent ostensiblement. Les arbres sont décorés de petits drapeaux de toutes les couleurs.
À la tombée de la nuit, les moines font la pause. Des milliers de petites ampoules multicolores illuminent les arbustes, les stuppas, les murs d'enceinte du parc et les pèlerins font brûler des centaines de petites bougies dans la pénombre d'une salle de verre. Ce festival, organisé par la Fédération Internationale du Boudhisme, s'est tenu du 12 au 23 février 2008. |
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| mardi 29 avril 2008, a 15:56 |
| Ce jour-là à Gangtok, capitale du Sikkim |
On répète à l'envi que l'Inde est sale et qu'elle regorge de mendiants. L'état du Sikkim échapperait-il à ces clichés ? Le parti au pouvoir, le Sikkim Democratic Front (SDF), passe pour un grand protecteur de l'environnement et le gouvernement central indien a beaucoup investi dans la région pour contenir les visées du grand voisin chinois.
Un gong en cuivre retentit. Il annonce l'arrivée d'un camion-poubelle. Toutes affaires cessantes, les habitants du quartier s'emparent des paniers, des seaux, des boîtes de carton, des sacs de toile ou de paille contenant leurs ordures et les tendent aux préposés pour un premier tri sélectif. Les « plastic bags » sont rares dans le pays du Khangchendzonga.
À l'autre bout de la rue, un autre camion livre des bouteilles de gaz. Les clients, nombreux, les embarquent dans des taxis ou utilisent les services de porteurs à la mode tibétaine. Le charbon de bois n'est utilisé que dans les villages car le gouvernement local protège la forêt sikkimoise et tente de damer le pion au Népal pour le trekk et le tourisme vert. |
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| jeudi 24 avril 2008, a 10:23 |
| Ce jour-là à Darjeeling : les Tibétains protestent contre la répression chinoise. |
Tashi delek !(Bonjour en tibétain)
Le drapeau international tibétain était à nouveau à l'honneur sur la place Chowrasta de Darjeeling le 16 mars 2008 après une série de manifestations pacifiques à l'occasion du 49e anniversaire du massacre par les Chinois de plus de dix mille Tibétains le 10 mars 1959 à Lhassa.
Ce nouveau mouvement de protestation réunissait des centaines de Tibétains ulcérés contre la violence des répressions perpétrées à Lhassa par l'occupant chinois. Assis à même le sol, une bougie à la main, les manifestants égrenaient avec ferveur des prières et des chants tibétains. Ils se levèrent ensuite, brandissant pancartes et banderoles condamnant la violence au Tibet et fustigeant le déroulement des prochains jeux olympiques à Pékin. Ils mirent le feu à un mannequin en chiffon représentant la Chine, se massèrent autour de la flamme et, tour à tour, piétinèrent avec acharnement les débris de l'ennemi en criant :
« What do we want ? Freedom.
What do we want ? Justice. »
Les photos de Gandhi et du Dalai Lama en tête du cortège, des dizaines de moines entamèrent une marche à travers la ville entraînant un impressionnant groupe de femmes tibétaines en habit traditionnel, des écolières en uniforme, des jeunes, des vieux. Ils portaient des drapeaux tibétains et des panneaux où l'on pouvait lire :
Free Tibet, Save Tibet,
Tibet belongs to Tibetan,
Stop violation in Tibet.
Roberto Sanchez se joignit au cortège. Il sait ce que sont l'exil et la répression. Il compatit à la tristesse et à l'indignation du peuple tibétain. |
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| jeudi 17 avril 2008, a 10:38 |
| Ce jour-là à Kolkata ( Calcutta ) : Brève rencontre avec un rickshaw-wallah |
Un rickshaw rata son virage et continua à l'horizontale sa course effrénée sur une dizaine de mètres. Son conducteur fut projeté à l'extérieur et sa tête heurta violemment le macadam. Un policier releva le rickshaw-wallah groggy et le traîna négligemment au bord de da chaussée. Il lui jeta ensuite sa bouteille d'eau restée dans la cabine. Des curieux se pressèrent autour du véhicule, plus soucieux d'évaluer les dégâts matériels que de porter assistance au chauffeur.
Témoin de la scène, Roberto Sanchez en fut choqué : l'accidenté a été manipulé sans précaution ; aucun secours n'a été réclamé. Pourtant le choc fut d'une telle violence qu'un traumatisme crânien semblait inévitable. Dans les heures qui suivraient, le pauvre homme pourrait bien s'enfoncer dans un coma profond. Mais que vaut en Inde la vie d'un rickshaw-wallah s'il est de surcroît un intouchable ? Roberto eut une pensée pour la famille du chauffeur qui attendrait son retour ainsi que le maigre gain de la journée. Se forçant à relativiser, il se dit que le quotidien des rickshaw-pullers ou hommes-chevaux, est encore plus précaire, plus difficile et plus périlleux. Souvent pieds nus, par tous les temps, ils tirent carrioles et passagers à travers les rues encombrées et parfois défoncées de Calcutta.
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| Présentation |  Mario BLAISE
Biographie
Je suis né en 1943 à Port-au-Prince, Haïti et je vis en France depuis l'âge de vingt et un ans.
Après des études supérieures de gestion à Paris, j'ai travaillé en qualité de Cadre comptable puis j'ai dirigé une PME pendant les quinze dernières années de ma vie professionnelle.
Passionné par l’Économie du Développement, je sillonne avec gourmandise toutes les routes du monde depuis plus de trente ans, pour voir, comprendre et m’informer.
De formation gréco-latine, j'ai toujours eu un certain goût pour la lecture et l'écriture.
Bibliographie
- Le Flamboyant : Editions L'Harmattan Paris 2002.
ISBN : 2-7475-2725-5. 208 pages
- Les Tribulations d'un Haïtien de la diaspora :
Editions Dauphin Noir Paris 2005.
ISBN : 2-915607-03-06. 157 pages. Non disponible
- Désir d'Ailleurs-Chroniques de Voyage : Editions Le Manuscrit Paris 2007
ISBN : 978-2-304-00026-9. 257 pages
- Les Tribulations d'un Haïtien de la diaspora (Version revue et actualisée) Roman historique.
Editions Le Manuscrit Paris 2008
ISBN : 978-2-304-00672-8. 227 pages
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